Un dossier de prêt bancaire solide pour une PME tient en une dizaine de pièces, bien présentées, et répond aux questions avant même que le banquier les pose. Le refus vient rarement du projet lui-même : il vient d'un dossier incomplet, de chiffres qui se contredisent ou d'une capacité de remboursement que personne n'a calculée. Voici ce qu'il faut préparer, ce que la banque regarde réellement et les erreurs qui coûtent un financement.
Les pièces à réunir
Un chargé d'affaires professionnel traite des dizaines de dossiers. Celui qui arrive complet passe devant les autres. La liste de base :
- Les trois derniers bilans et comptes de résultat, avec les annexes et la liasse fiscale, établis par votre cabinet d'expertise comptable.
- Une situation comptable récente, de moins de trois mois si possible, surtout quand la demande arrive en milieu d'exercice.
- Un prévisionnel sur trois ans : compte de résultat, plan de financement et plan de trésorerie mensuel sur la première année.
- Le tableau des emprunts en cours avec le capital restant dû, les échéances et les garanties déjà données.
- Les relevés bancaires des six derniers mois de tous les comptes professionnels.
- Les statuts à jour, l'extrait Kbis, la répartition du capital et, pour un groupe, l'organigramme des sociétés.
- Les devis ou le compromis pour un investissement ou une acquisition, le bail commercial le cas échéant.
- Une note de présentation de deux à quatre pages : l'entreprise, le marché, l'équipe, le projet, le montant demandé et son usage.
Pour une reprise ou un rachat d'entreprise, ajoutez les comptes de la cible, le protocole ou la lettre d'intention, et le montage financier détaillé.
Ce que le banquier regarde en premier
La capacité de remboursement
C'est le critère central. La banque compare les annuités de tous les emprunts, nouveaux et existants, à la capacité d'autofinancement de l'entreprise. En pratique, beaucoup d'établissements souhaitent que les remboursements annuels ne dépassent pas environ la moitié à deux tiers de cette capacité. Si le prévisionnel montre une annuité de 120 000 € pour une capacité d'autofinancement de 130 000 €, le dossier sera difficile.
Le niveau d'endettement
Le rapport entre dettes financières et fonds propres est regardé de près. Au-delà d'un rapport de un pour un, l'entreprise paraît fragile. Autre repère fréquent : la dette totale rapportée à l'excédent brut d'exploitation, que les banques aiment voir en dessous de trois à quatre années.
Les fonds propres
Ils mesurent ce que les associés ont engagé et laissé dans l'entreprise. Des fonds propres faibles, ou un compte courant d'associé qui fait office de capital, signalent un risque. Un apport de 20 à 30 % du projet est en général attendu pour un investissement, davantage pour une création ou une reprise.
La cohérence du prévisionnel
Le banquier ne cherche pas un prévisionnel optimiste. Il cherche un prévisionnel qu'il peut croire : des hypothèses expliquées, une croissance en ligne avec l'historique, des charges qui suivent l'activité. Un chiffre d'affaires qui doublerait l'année suivante sans recrutement ni investissement commercial discrédite le reste du dossier.
Le fonctionnement du compte
Les relevés bancaires racontent une histoire. Des rejets de prélèvement, un découvert permanent ou des retards de TVA pèsent plus lourd qu'un bon prévisionnel.
Les erreurs qui font refuser un dossier
- Demander trop tard. Un prêt se négocie quand l'entreprise va bien, pas quand le compte est à découvert depuis trois mois.
- Des comptes qui ne sont pas à jour. Un bilan de l'année dernière présenté en octobre ne suffit pas. Une situation intermédiaire est indispensable.
- Un prévisionnel sans plan de trésorerie. Le compte de résultat prévisionnel ne dit pas si l'entreprise pourra payer l'échéance de mars.
- Ne pas expliquer les mauvais chiffres. Une année difficile se justifie en deux lignes dans la note de présentation. Passée sous silence, elle devient un doute.
- Négliger la durée. Un investissement utilisé dix ans mais financé sur quatre ans étouffe la trésorerie. Alignez la durée du prêt sur celle du bien.
- Ne consulter qu'une seule banque. Deux ou trois propositions en parallèle changent les conditions, le taux comme les garanties demandées.
Le rôle de Bpifrance
Bpifrance intervient rarement seule sur un prêt classique de PME. En revanche, elle peut garantir une partie du prêt accordé par votre banque, souvent entre 40 et 70 % selon le dispositif et le projet. Pour le banquier, cela réduit le risque et facilite l'accord. Elle propose aussi des prêts sans garantie, en complément d'un financement bancaire, pour des projets de développement, d'innovation ou de reprise. Les conditions évoluent régulièrement : vérifiez les dispositifs en vigueur au moment de votre demande.
C'est en général la banque qui sollicite la garantie Bpifrance. Mentionner cette possibilité dès le premier rendez-vous montre que le dossier a été préparé.
Quel délai prévoir
Comptez de six à dix semaines entre le premier rendez-vous et le déblocage des fonds pour un prêt d'investissement classique, davantage pour une acquisition ou un dossier avec plusieurs banques. Le délai se joue surtout dans la rapidité des réponses aux questions complémentaires. Un dossier qui fournit une pièce manquante en 24 heures garde son élan ; un dossier qui attend trois semaines repart en bas de la pile.
Après l'accord
Le prêt obtenu, les engagements commencent : transmettre les comptes chaque année, respecter parfois certains ratios, informer la banque des événements importants. Une relation entretenue par un point annuel, bilan en main, prépare le financement suivant.
Chez AZD Conseil, la préparation du dossier de prêt fait partie du pilotage financier : prévisionnel, plan de trésorerie, note de présentation et accompagnement aux rendez-vous bancaires, à partir des comptes tenus par le cabinet d'expertise comptable partenaire. Une journée de DAF suffit souvent pour mettre un dossier en état d'être présenté.
Pour aller plus loin
- Prévisionnel de trésorerie à 13 semaines : la méthode
- Affacturage, Dailly ou découvert : quel financement court terme
- Reprise d'entreprise : business plan et montage de la dette
- Comment ça marche : du premier échange au financement
Un dossier que votre banquier lira jusqu'au bout
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