La marge par chantier se calcule en comparant, pour chaque affaire, le montant facturé au total des heures, des achats et de la sous-traitance qui lui ont été affectés, puis en retranchant une part de frais généraux. Dans la plupart des entreprises du bâtiment, le compte de résultat annuel est correct, mais personne ne sait quels chantiers ont fait la marge et lesquels l'ont mangée. Voici une méthode simple pour le savoir chaque semaine, sans logiciel spécialisé.
Pourquoi le résultat annuel ne suffit pas
Une entreprise de second œuvre réalise 2,5 millions d'euros de chiffre d'affaires et 4 % de résultat. En reprenant les chantiers un par un, on découvre que dix chantiers sur quarante ont perdu de l'argent, pour un total de 120 000 euros, compensés par les trente autres. Sans ces dix chantiers, ou avec les mêmes chantiers mieux chiffrés, le résultat aurait doublé.
Ce constat vient d'une chose simple : la comptabilité classe les charges par nature (achats, salaires, sous-traitance) et non par chantier. Le suivi par affaire doit donc être construit à côté.
Partir du devis
Le devis est le budget du chantier. Il doit contenir, poste par poste, les quantités de matériaux, les heures prévues et le taux horaire retenu, la sous-traitance, et le coefficient de frais généraux et de marge appliqué.
Sans heures prévues au devis, impossible de savoir si le chantier dérape en cours de route.
Fixez aussi le taux horaire de référence. Un ouvrier payé 2 200 euros bruts coûte environ 3 000 à 3 200 euros chargés par mois selon les cas, pour 140 à 150 heures réellement productives une fois retirés les congés, la formation et les temps de trajet. Le coût horaire se situe alors autour de 21 à 23 euros, avant frais généraux. Faites ce calcul avec vos propres chiffres de paie, en tenant compte de la caisse de congés payés du BTP, dont le fonctionnement est à vérifier avec votre cabinet.
Affecter les heures
C'est le point qui fait la différence. Chaque heure travaillée doit être rattachée à un chantier, chaque semaine.
- Une feuille d'heures par salarié et par semaine, avec une ligne par chantier. Sur papier, sur un formulaire en ligne ou dans l'application que vous utilisez déjà.
- Les heures de trajet, de chargement et d'atelier vont sur le chantier concerné quand c'est possible, sinon sur une ligne « non affecté » qui doit rester faible.
Les heures valorisées au coût horaire de référence donnent le coût de main-d'œuvre du chantier à la semaine. Comparez-les aux heures prévues au devis : un chantier à 60 % d'avancement qui a consommé 80 % des heures prévues va perdre de l'argent, et vous le savez avant la fin.
Affecter les achats et la sous-traitance
Chaque bon de commande et chaque facture fournisseur porte un numéro de chantier. Demandez à vos fournisseurs de le reprendre sur leurs factures, et refusez les factures sans référence. Le cabinet comptable peut alors saisir ce code en comptabilité analytique, ce qui évite une double saisie.
Les factures de sous-traitants s'affectent facilement. Pensez à y ajouter les situations reçues mais pas encore facturées, pour ne pas sous-estimer les coûts en cours de chantier.
Répartir les frais généraux
Les frais généraux regroupent tout ce qui ne va sur aucun chantier : bureau, véhicules, assurances, encadrement, personnel administratif, commercial, matériel non affecté. Dans une PME du bâtiment, ils représentent souvent 15 à 25 % du chiffre d'affaires.
La méthode la plus simple consiste à les répartir au prorata du chiffre d'affaires de chaque chantier. Une méthode plus juste les répartit au prorata des heures de main-d'œuvre, parce qu'un chantier qui mobilise beaucoup d'heures mobilise aussi plus d'encadrement et de véhicules. Choisissez une règle, écrivez-la et ne la changez pas en cours d'année.
Vous obtenez ainsi deux niveaux de lecture :
- La marge brute du chantier : facturé moins main-d'œuvre, achats et sous-traitance. Elle doit être positive, sinon le chantier perd de l'argent avant même de payer le bureau.
- La marge nette du chantier : marge brute moins la quote-part de frais généraux. C'est elle qui dit si le chantier a contribué au résultat.
Le suivi hebdomadaire
Un tableau par chantier, mis à jour chaque semaine avec les heures et les achats de la semaine, qui montre :
- le montant du marché et des avenants signés ;
- l'avancement estimé par le conducteur de travaux, en pourcentage ;
- les coûts prévus au devis, les coûts engagés à ce jour, et le reste à engager estimé ;
- la marge prévue à la fin du chantier, recalculée avec le reste à engager.
Cette dernière ligne est la plus importante. La marge prévue à fin de chantier, revue chaque semaine, permet de réagir : renégocier un avenant, changer d'équipe, revoir un approvisionnement, ou simplement ne pas reproduire l'erreur sur le prochain devis.
Les chantiers qui perdent sans qu'on le voie
Quelques situations reviennent souvent :
- Les petits chantiers répétitifs. Trop petits pour être suivis, ils cumulent des heures de trajet et de préparation que le devis ne prévoit pas.
- Les travaux supplémentaires non facturés. Les équipes font ce que le client demande sur place. Sans avenant signé, ces heures sont perdues.
- Les chantiers des bons clients. Le tarif a été négocié il y a trois ans et n'a pas suivi les hausses de salaires et de matériaux.
- Les chantiers longs. Les heures du dernier mois, celui des finitions et des réserves, ne sont presque jamais chiffrées correctement.
Un chantier qui perd de l'argent n'est pas un problème. Dix chantiers qui perdent de l'argent sans que personne le sache en est un.
Des outils simples
Un tableur suffit pour démarrer : un onglet par chantier, un onglet de synthèse. La comptabilité analytique du cabinet comptable, avec un code par chantier, fournit les achats et la sous-traitance sans ressaisie. Les logiciels de gestion de chantier font gagner du temps ensuite, mais ils ne remplacent pas la discipline des feuilles d'heures.
Le suivi de marge se lit avec la trésorerie par chantier : un chantier rentable mais mal facturé peut quand même assécher le compte en banque.
AZD Conseil met en place ce suivi dans les entreprises du bâtiment qu'il accompagne, en coordination avec le cabinet d'expertise comptable partenaire pour la comptabilité analytique, et en fait un point fixe du pilotage mensuel : marge prévue par chantier, écarts avec le devis, et décisions à prendre.
Pour aller plus loin
- Trésorerie dans le BTP : situations et retenues de garantie
- Mission de contrôle de gestion externalisée
- Masse salariale : quel pourcentage du chiffre d'affaires
- DAF externalisé en Seine-et-Marne : bâtiment et aménagement
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